APPLICATION et ANALYSE de sites réalisées par Philippe et Brigitte
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1- Qu’est-ce donc que Animoto ? En quoi consiste cette récente application proposée au public dans le courant de l’année 2008 par des professionnels de la production cinématographique et musicale newyorquais ? Quels intérêts et nouveautés présente-t-elle ?
Voyons ce que l’on trouve à ce sujet sur internet :
• « Animoto est un nouvel outil de mashup qui vous permet de créer une vidéo à partir de vos images et fichiers musicaux. […] » [Un mashup en informatique est un site internet ou une application dont le contenu provient de la combinaison de plusieurs sources d'information]
http://fr.mashable.com/2007/08/06/animoto-transformez-vos-images-musique-en-un-trailer-de-film/
• « Loin d’être un simple outil de création à la “slideshow”, Animoto possède une particularité étonnante : il utilise l’intelligence artificielle pour offrir un service unique. Le résultat ? La vidéo finale se rapproche bien plus d’une création professionnelle que d’un diaporama musical fait à la va-vite. »
http://www.infos-du-net.com/actualite/11578-Animoto-montage-video-image-musique.html
• « Animoto c’est un service comme on en voit pas tous les jours, une plateforme vraiment fluide et réactive qui vous permet de faire des montages vidéo de haute qualité avec vos photos. On est en plein dans une application Web 2.0. L’application est à la fois simple et complexe, il vous suffit de choisir un groupe de photos soit à partir de votre disque dur soit à partir du site Internet où elles sont logées comme Flickr ou Facebook par exemple, sélectionnez ensuite la musique soit depuis votre disque dur soit depuis la bibliothèque en ligne. Là où l’application est vraiment innovante et puissante c’est que c’est le programme qui est responsable de la production automatiquement de la vidéo. »
http://leblog.vendeesign.com/web20/animoto-montage-video-a-partir-de-vos-photos/
Comme on peut le constater, il s’agit donc d’une application qui fait appel à différentes sources photographiques et musicales (personnelles, ou disponibles en ligne), et qui contient un programme qui génère automatiquement des vidéos d’une qualité professionnelle que l’on compare souvent à des trailers de films de cinéma. Ensuite, la vidéo obtenue peut être mise en ligne sur des réseaux sociaux via Youtube, directement depuis le site Animoto.
Précisons que cette application est gratuite pour réaliser des vidéos de courte durée (maximum 30 sec.), et payante si l’on veut en réaliser des longues : soit 3€ la vidéo, soit 30€ pour un abonnement annuel.
Mais avant d’aller plus loin, observons le résultat avec cette vidéo que nous avons créée pour tester l’application.
2- Comment ça marche? Comment on s’y prend concrètement?
C’est très simple, et cela se passe en trois étapes:
1-Je sélectionne les photos de mon choix qui se trouvent soit sur mon ordinateur, soit sur une page internet, soit dans les collections de Animoto.
2- Je choisis la musique soit dans mes dossiers personnels, soit dans les collections thématiques du site.
3- Je laisse faire le programme qui va élaborer la vidéo, je ne m’occupe de rien d’autre pendant 5 minutes pour une vidéo courte ou 20 minutes pour une longue.
Et voilà! Ensuite je peux enregistrer la vidéo au format mp4 sur le disque dur de mon ordinateur (si je suis abonné), ou envoyer le lien par e-mail vers d’autres ordinateurs ou iPhone, ou encore la placer sur mon compte Youtube (gratuitement).
3- Quel intérêt pédagogique pour moi enseignant? Comment mettre cette application au service de mon enseignement?
Les créateurs de Animoto ont pensé aux enseignants et il y a sur ce site une page intitulée “for education” sur laquelle ont peut s’inscrire afin de recevoir des vidéos déjà élaborées se référant aux disciplines renseignées lors de l’inscription. Ceci est intéressant pour l’enseignant car c’est un nouveau support pédagogique qui peut servir à présenter un thème, une leçon, une activité de façon attrayante et impactante. Les élèves seront en effet plus à l’écoute qu’avec un support traditionnel.
Une autre utilisation peut avoir lieu après la réalisation d’une tâche ou d’une activité comme dans le cas de cette enseignante étasunienne qui propose un compte rendu d’une sortie en forêt avec sa classe; l’intérêt pédagogique est de taille car cela permet aux élèves de fixer toutes les notions apprises en extérieur et de plus ils ont le plaisir de se revoir, en tant qu’acteurs, lors de la sortie. Ils apprennent avec goût et envie.
On peut toutefois se demander si certaines utilisations de ce support sont vraiment utiles. Tout support doit avant tout servir au bon apprentissage et à l’assimilation cohérente pour les élèves. Prenons par exemple une leçon de mathématiques proposée par une autre enseignante étasunienne. Certes c’est intéressant, mais qui peut suivre une activité aussi rapide? Les bons élèves sans doute. Il n’est pas sûr que cela soit le cas des moins doués. De plus cette vidéo a du demander un temps de préparation très long car il a fallu préparer un diaporama “traditionnel” au préalable; ce temps de travail est-il rentable? On peut se poser la question.
4- Et plus concrètement pour moi enseignant de FLES ?
Ce qui nous semble plus intéressant que l’utilisation par l’enseignant – qui, on l’a vu, a tout son intérêt – c’est l’utilisation par l’apprenant. On peut lui demander de réaliser une vidéo pour rendre compte d’une recherche sur un thème culturel par exemple (un fait historique, un musée, une région, une recette gastronomique, etc), ou alors pour proposer une “publicité” pour un produit, un film, un resto, un bar, ou autre chose, ou encore pour réaliser le résumé d’une séquence de cours (ce qui permettrait de vérifier si tout est clair pour lui), ou bien pour faire l’annonce d’un événement sportif, musical, politique, et bien d’autres choses.
Pour réaliser cette tâche, seul ou à plusieurs, l’apprenant doit mobiliser des compétences dans différents domaines; des compétences langagières et communicatives en premier lieu, mais aussi un certain esprit de synthèse – il faut faire court – et de créativité.
Pour ce qui est de l’évaluation par l’enseignant du travail réalisé, c’est plus délicat. Comment s’y prendre pour évaluer une telle production? S’il est possible pour lui de vérifier les compétences langagières, l’esprit de synthèse, ou les connaissances de chacun, il est en revanche bien plus compliqué de juger de la qualité esthétique d’une vidéo, d’autant plus qu’elle est générée automatiquement par un programme. Peut-être serait-ce une solution que de laisser le groupe des apprenants juger cet aspect-là. Ainsi par exemple, s’il s’agit d’un groupe qui possède un blog de classe, le choix des vidéos qui pourraient paraître sur celui-ci serait du ressort des apprenants (par le biais du vote – anonyme ou à main levée), l’enseignant se réservant un droit de véto pourquoi pas.
Ensuite il appartient à chaque enseignant d’adapter cette pratique à la situation particulière de son cours.
5- Quelles sont les limites ou les points contraignants de l’application Animoto ?
Tout d’abord l’interface est en une seule langue, l’anglais. Pour des apprenants de français, c’est un peu dommage, mais finalement bon nombre d’applications et de sites sont en anglais, et puis cela fait aussi partie de la réalité linguistique actuelle. Ce n’est donc pas un problème fondamental.
Les vidéos gratuites ne peuvent durer que 30 secondes : c’est très court ! Cela ne représente qu’une dizaine d’images maximum, texte compris. On ne peut pas s’étendre beaucoup. Il faut donc miser sur la concision et la précision dans le traitement du sujet.
Le nombre de caractères dans le texte est limité à 22 pour le titre et 30 pour le sous-titre, là encore on misera sur la concision et l’esprit de synthèse. Par ailleurs on peut aussi, et ceci nous semble très intéressant, utiliser Audacity pour enregistrer des voix et donc inclure de la production orale dans les vidéos.
Lorsqu’on commence une vidéo, il faut la finir car on ne peut pas enregistrer le projet. Cela veut dire que si la séance de cours ne dure que 50 minutes, il faut que les photos soient déjà prêtes sur le bureau de l’ordinateur afin de gagner du temps. Idem pour la musique. L’idéal est d’avoir une plage de 2 heures devant soi pour préparer la vidéo sereinement.
Une fois que la vidéo est faite on ne peut pas la modifier, à moins de tout recommencer. Il faut donc être bien vigilant lors de la conception pour n’oublier aucun détail. Cela oblige à être précis et méticuleux.
On pourra regretter à force de l’utiliser de ne pas pouvoir intervenir dans la finalisation de la vidéo, par rapport à la couleur de fond pour le texte par exemple, ou par rapport au choix d’animations pour le défilement des images. Sans doute y aura-t-il dans les applications à venir une part de création plus importante.
En guise de conclusion nous nuancerons le slogan affiché par Animoto et qui est le suivant : « Animoto – the end of slideshows » (Animoto – la fin des diaporamas). S’il est vrai que l’on passe à un niveau esthétique bien plus intéressant que dans les diaporamas classiques type Power Point, il n’en demeure pas moins que le diaporama garde toute sa place en tant que support pédagogique tout simplement parce qu’on peut contrôler le défilement des images ou pages, revenir en arrière si on veut, ou faire des pauses. Et ajoutons aussi que le support n’est rien sans le contenu et que quel que soit ce support il faudra avant tout avoir une intention pédagogique.
ANALYSE DE SITES D’APPRENTISSAGE D’UNE LANGUE
1. Busuu : http://www.busuu.com/fr
2. Livemocha : http://www.livemocha.com/
INTROCUCTION et présentation générale des 2 sites : Bussuu et Livemocha
Ce deux sites d’apprentissage de langues en ligne proposent d’apprendre une ou plusieurs langues étrangères dans une approche annoncée « collaborative » et « innovante », de par leur fonctionnement et grâce aux outils interactifs qu’ils mettent à disposition tels le multimédia et le chat, ce dernier constituant l’argument principal de leur promotion. Les candidats auraient l’opportunité d’apprendre rapidement et efficacement en communiquant en direct avec des locuteurs natifs.
L’ objectif commun des concepteurs est, d’une part, « de répondre à un besoin croissant de communiquer en langue étrangère à cause de la mondialisation rapide, de l’immigration et des déplacements », et d’autre part, comme le dit Mr Shirish Nadkami, le PDG de Livemocha, de « transformer davantage le marché de l’apprentissage des langues en donnant les moyens à tous ceux qui veulent apprendre » une langue étrangère « de le faire, et en les faisant participer ».
Cette participation commune et réciproque signifie que chaque apprenant est acteur de son propre apprentissage en même temps qu’il participe aussi à celui des autres étudiants qui comme lui ont intégré une grande communauté d’internautes partageant la même volonté d’apprendre une langue étrangère.
C’est dans cet objectif que les membres sont incités à adhérer pleinement à cette stratégie d’apprentissage. Tant les concepteurs que les usagers ont en effet tout intérêt à ce que les membres acceptent de participer à l’apprentissage des autres car c’est le moyen indispensable de faire vivre le site.
Comment ça marche ?
Les règles du jeu sont simples :
1. Je deviens membre d’une communauté en m’inscrivant gratuitement en ligne à un cours de mon choix. Je précise alors quelle est ma langue maternelle (et la ou les autres langues que je parle (information capitale pour le rendement de la plateforme) et celle(s) que je veux apprendre.
2. Je commence les cours en sélectionnant le niveau visé, le type d’exercice, le thème qui m’intéresse.
3. Je peux choisir dans la liste des membres inscrits la personne à qui je veux envoyer mon travail pour la correction.
4. Je reçois rapidement dans ma messagerie plusieurs messages d’autres membres de la communauté qui ont fait un exercice (dans ma langue maternelle cette fois) et attendent d’être corrigés. En acceptant de corriger une production je deviens donc professeur. Je peux évaluer en cochant des étoiles (de 1 à 5) et en faisant des commentaires écrits ou, mieux encore, oraux. Sur Livemocha, je peux enregistrer mon commentaire et l’envoyer à la personne en question.
5. Je peux demander à quelqu’un à devenir « mon ami(e) » et de participer à mon apprentissage en l’invitant à chatter avec moi.
Cette méthode d’apprentissage consiste à agir avec l’autre à travers un réseau très élargi de participants ( 2 millions pour Livemocha qui se présente comme « la plus grande communauté mondiale d’apprentissage des langues en ligne ») qui sont à la fois élèves et enseignants travaillant de concert dans l’entraide et sur le principe d’échange de bons procédés.
Ces nouvelles technologies apportent une nouvelle dimension à l’enseignement-apprentissage des langues. Mais quel genre de savoirs sont proposés, à travers quels supports, quels outils, quelles méthodes et dans quels objectifs.
Analyse du site BUSUU :
Busuu propose 80 unités d’enseignement en Français, Anglais, Espagnol et Allemand sur 3 niveaux : débutant/ intermédiaire / avancé, du A1 au B2.
Ses prétentions :
1. L’objectif principal est de permettre d’ « améliorer ses connaissances linguistiques » en mettant à disposition une méthode d’apprentissage attrayante et ludique, en « oubliant les livres de grammaire », et plus efficace que les logiciels et les CD Rom jusque-là utilisés dans l’apprentissage individualisé et autonome d’une langue étrangère.
2. offrir aux élèves la possibilité de travailler selon leurs besoins et à leur rythme grâce à un « plan de progression », en visualisant leurs progrès au fur et à mesure de leur parcours.
3. permettre à ses membres de se connecter avec des gens de langue maternelle.
Ses outils et services :
1. des tests de vocabulaire
2. des exercices d’écriture, de compréhension de lecture et d’écoute de dialogue
3. une application Vidéo chat pour chatter en direct : à condition d’avoir une webcam.
4. des examens interactifs : interactif car l’image, le son et la graphie d’un mot sont associées.
5. la possibilité de télécharger des documents PDF et de l’audio sur Ipod pour « continuer à apprendre dans le métro » : ce dernier service est payant, réservé aux membres Premium.
6. la possibilité d’avoir un retour sur sa production écrite.
Activités proposées (ou « plan de progression »):
Les activités sont surtout centrées sur l’écrit.
1) ” Apprends les mots les plus importants de ce thème ” : une première phase d’apprentissage (découverte) des mots-clés du thème: un mot ou une phrase est associé à une image et à une voix.
Pendant cette phase il s’agit surtout de mémoriser du vocabulaire et des phrases : l’association image-graphie-son met en place des automatismes, des réflexes qui permettront de réaliser les activités suivantes qui consistent à réutiliser le même répertoire linguistique.
2) ” Pratique ta compréhension de texte ” : il s’agit de lire et de comprendre un dialogue, puis de répondre à 3 questions à choix multiple. Dans cette activité on peut aussi travailler sa compréhension orale car on peut écouter le dialogue, sans regarder le texte. Malheureusement on a plus l’impression d’écouter la lecture d’un dialogue que d’assister à une vraie conversation.
Lors de la lecture il est possible en un clic d’avoir la traduction simultanée du texte dans sa langue maternelle. Le traducteur est disponible dans chaque activité. C’est un outil trés utile compte tenu du fait que les supports soient essentiellement des images et qu’une image seule soit polysémique.
Par exemple, comment faire la différence entre le présent et le futur en se basant uniquement sur une image ? Le traducteur permet de distinguer « j’achète » de « je vais acheter ».
3) ” Ecris un petit texte et laisse un natif te corriger” : Cet exercice a l’avantage de permettre un retour sur sa production. La correspondance avec un autre membre, natif en l’occurence, donne un aspect dynamique et réaliste à l’activité par le seul fait d’échanger.
4) ” Prends contact et parle directement avec un locuteur natif“.
5) ” Passe un petit examen et évalue ce que tu as appris” : test écrit à soumettre à la correction.
Conformément à l’objectif annoncé, ces activités et les supports/outils utilisés permettent d’acquérir des savoirs linguistiques, et donc de développer une compétence purement linguistique. Busuu offre un très grand choix de thèmes intéressants sur la vie quotidienne.
Busuu prétend faire « oublier les livres de grammaire », mais une grande partie des objectifs des unités d’enseignement sont lexicaux et grammaticaux. D’ailleurs, pour chaque thème ou unité d’enseignement les 3 compétences proposées (CO/CE/PE) sont travaillées à partir des mêmes mots et phrases qui se répètent dans chacune des activités proposées pour les mettre en œuvre.
Il est vrai qu’il n’y a pas de règles explicites comme dans les livres de grammaire. L’enseignement de la grammaire serait plutôt de type inductif, l’objectif étant de faire acquérir des structures grammaticales en utilisation, c’est-à-dire dans la phrase, et de les reproduire. Il s’agit essentiellement de remettre les mots dans l’ordre pour faire une phrase et créer du sens. Néanmoins, parmi les unités d’enseignement certaines ont pour titre des points grammaticaux, comme « Le plus-que-parfait progressif », « Les pronoms réfléchis », « Les adverbes de fréquence », « Le conditionnel », Les pronoms personnels 1ère, 2ème, 3ème pers. du singulier, etc.
En ce qui concerne la compréhension orale, les dialogues à écouter, réalisés à partir de « voix professionnelles d’artistes », sont malheureusement complètement artificiels. La même voix est utilisée pour les deux personnages : il est difficile de repérer les tours de parole, ce qui interfère sur la compréhension globale du message. Le timbre de voix étant le même, le ton est assez monocorde même si le locuteur crée des effets d’interprétation. Le résultat est décevant : la conversation reste terne et mécanique, à la limite exagérée, ce qui lui enlève toute crédibilité. Finalement ce n’est ni attrayant ni intéressant. Tous les dialogues se déroulant de la même façon quelque soit le thème traité ou le niveau visé, la leçon peut vite devenir routinière et rébarbative.
Voir à titre d’exemple le Podcast proposé pour l’unité « Bienvenue! » :
A1. 1ère leçon
[Audio http://sd-1.archive-host.com/membres/playlist/133413656024938762/bienvenue-busuu.mp3]
Pour ce qui est de l’aspect ludique revendiqué en page d’accueil il réside probablement dans la technique employée pour écrire, par exemple avec le principe du « glisser-déposer » pour construire des phrases ou remettre les mots dans l’ordre, et non pas dans l’originalité des activités ou l’authenticité des supports mis en ligne.
Il peut éventuellement être amusant de visualiser son parcours d’apprentissage sur un trajet à la façon d’un jeu de l’oie où chaque case correspond à une thématique, le parcours étant jalonné de petits test de révision des étapes précédentes et de cadeaux qui récompensent la réussite. Ces cadeaux sont virtuels bien sûr : matérialisés par un arbre qui se développe dans le jardin des langues de l’élève au fur et à mesure de ses progrès. Dans le cas contraire son espace personnel se remplit de bogues.
A ce sujet il est intéressant de noter que Busuu s’emploie à motiver ses membres pour qu’ils continuent à utiliser la plateforme et ainsi à préserver sa rentabilité et son existence en envoyant ce message par exemple :
” Le rapport est composé des parties suivantes :
• Le nombre des unités d’apprentissage et le vocabulaire que tu as appris ces 7 derniers jours
• Ton classement actuel au sein de la communauté
• Le challenge hebdomadaire qui t’interrogera sur le vocabulaire que tu as appris récemment
• Un lien vers la révision des tes erreurs et ton vocabulaire marqué
• Des recommandations sur ce que tu peux faire ensuite”
Cette stratégie semble intéressante en ce qu’elle prévoit un accompagnement personnalisé aux apprenants.
Le grand reproche que l’on peut faire à Busuu c’est de ne pas utiliser beaucoup le multimédia telles des films vidéos ou des conversations authentiques enregistrées dans des conditions réelles. Une seule vidéo apparaît sur le site, en page d’accueil: on s’attend donc à en retrouver dans le programme d’enseignement, mais ce n’est pas le cas. Il s’agit d’un reportage sur la langue sifflée, « el silbo », à Gomera, une des îles Canaries. C’est le seul document authentique s’inscrivant dans la réalité socioculturelle, faisant intervenir des personnes réelles qui s’expriment, et décrivant une situation réelle existant à Gomera.
Il aurait été beaucoup plus pédagogique et pragmatique d’intégrer des séquences filmées prises de la vie quotidienne, mettant en scène des locuteurs et des situations diverses. Sur ce point on peut se demander si un simple logiciel ou un simple DVD bien conçu ne remplirait pas mieux cette fonction.
D’autre part, Busuu propose 2 types d’abonnement : le premier basique et gratuit consiste en des activités d’écriture et de lecture centrées sur du lexique et des structures grammaticales, le deuxième, payant celui-là, dommage, donne accès à du téléchargement Audio, ce qui semble plus intéressant et plus logique pour sur un site d’apprentissage en ligne qui se dit innovant.
L’intérêt de ce site, non pas spécifique à celui-ci mais commun à tous les sites d’apprentissage en ligne, est qu’il permet à ses utilisateurs de se connecter avec des gens de langue maternelle : le chat et la correction des exercices sont certainement les deux atouts principaux de Busuu, vraiment innovants et collaboratifs par rapport aux anciennes méthodes d’apprentissage des langues. Avec la webcam il y a en plus la possibilité de voir son interlocuteur. Là nous sommes davantage dans la vraie communication, avec des vraies intentions qui prennent tout leur sens.
Enfin, grosse lacune, on ne travaille pas la production orale sur Busuu !
Analyse comparative avec le site Livemocha
Livemocha, sur le marché linguistique depuis septembre 2007, propose de « vivre une expérience amusante, conviviale et extrêmement efficace d’apprentissage des langues ».
L’objectif général est de permettre à ses membres de « soutenir une conversation satisfaisante dans un nombre de langues populaires toujours croissant » ( en anglais, français, espagnol, allemand, portugais, islandais, italien, hindi, japonais, coréen, mandarin, russe et autres… au total 22 langues).
La configuration du site est en projet de traduction : il est traduit en 5 langues seulement : anglais, espagnol, portugais, japonais et coréen. Pour le moment les consignes et explications ne sont donc pas forcément accessibles dans la langue maternelle de l’apprenant.
(On peut noter que l’objectif annoncé est un peu flou : qu’est-ce qu’une conversation satisfaisante ? L’appréciation est laissée aux apprenants…)
Les objectifs intermédiaires sont les mêmes annoncés que sur Busuu (lire, écouter, « parler » (nous y reviendrons) et écrire), avec un plus, un aspect de la production orale qui fait défaut sur Busuu.
Les objectifs spécifiques sont également lexicaux et grammaticaux.
Livemocha se distingue favorablement de Busuu sur quelques points :
1) l’aspect esthétique du site :
Celui-ci paraît plus en adéquation avec le public visé (des adultes en grande majorité) : Busuu semble en effet avoir basé son attrait sur une configuration plus enfantine tandis que Livemocha s’assimile davantage à un site académique de par sa configuration plus formelle. Mais ce critère d’appréciation reste très subjectif.
2) les outils pédagogiques :
Pour ce qui est de la production orale, Livemocha donne la possibilité d’en travailler l’aspect prosodique (prononciation et accentuation). En effet, on peut s’enregistrer en lisant un petit paragraphe et soumettre sa lecture à l’avis et à la correction d’un autre membre de la communauté, un natif en l’occurrence. Ce dernier fera un commentaire écrit ou oral. Si le correcteur enregistre son commentaire il lui sera plus aisé de donner des conseils et des explications appropriés sur la prononciation d’un mot. Par exemple on peut expliquer par écrit qu’il ne faut pas prononcer le « s » de « gros » mais comment expliquer la bonne façon de prononcer les mots « vieille »ou « jeune » si ce n’est en les faisant écouter à l’apprenant ?
Cette activité de production à l’oral est dénommée « Parler » mais il ne faut pas s’y méprendre, il ne s’agit pas de produire du discours mais de lire à voix haute un texte et d’apprendre à bien prononcer, articuler et accentuer. C’est un travail d’élocution avant tout. Cet objectif d’apprentissage nous rappelle le courant SGAV qui accordait une place centrale à la phonétique.
En début d’apprentissage surtout il est très important de la fatravailler. C’est pourquoi sur ce point Livemocha est plus complet que Busuu.
Malgré ce point positif on peut quand même regretter que Livemocha n’utilise pas la technique fort intéressante de l’enregistrement pour faire produire des actes de parole, en donnant des consignes du genre : « Vous voulez aller au cinéma, vous êtes perdu, vous arrêtez un passant dans la rue pour lui demander votre chemin », et les faire évaluer de la même manière qu’on peut faire corriger sa lecture. Cela aurait été encore plus productif d’un point de vue pédagogique.
3) Les cours :
En plus des différents thèmes, un cours spécifique intitulé « Pour voyager » est centré sur les actes de parole suivants : communiquer, ne pas se perdre, faire des affaires, des visites guidées. Il serait possible à priori de focaliser son apprentissage sur des besoins particuliers.
AVANTAGES et LIMITES de ces deux sites d’apprentissage en ligne :
Ces deux sites d’apprentissage collaboratif constituent un moyen facile et accessible à tous, et surtout à des débutants, de découvrir une langue, d’en acquérir les bases, en tout cas d’acquérir une compétence linguistique certaine.
Un élève débutant sera sans doute capable de communiquer assez rapidement dans des situations de face à face, même via le chat, mais cette méthode trouve ses limites dans le type de communication et le niveau de compétence en langue qu’elle permet d’atteindre.
Les avantages :
- participer à un apprentissage interactif et collaboratif, faire partie d’une grande communauté ayant un même objectif social : apprendre une langue étrangère en s’aidant mutuellement. L’acte même d’apprendre une langue n’est plus l’acte isolé d’un individu faisant sens uniquement pour lui. En apprenant une langue étrangère chacun permet au groupe d’en faire autant, et la communauté tout entière participe à la réussite d’un grand et même projet. La notion d’acteur social qui est à la base de l’approche actionnelle en didactique des langues trouve ici son application.
- grâce au principe de communauté interagissant il est appréciable de pouvoir avoir un retour sur sa propre production. L’évaluation est un outil indispensable pour se situer dans son apprentissage et progresser. On ne peut guère se corriger seul, d’où l’intérêt du travail collaboratif. De plus il est rassurant et stimulant d’être corrigé par un locuteur natif.
- si l’accent est mis sur le lexique et la syntaxe c’est pour permettre aux utilisateurs de s’exprimer rapidement et d’échanger de l’information. Le but est d’être capable de transmettre une intention de communication. Janine Courtillon écrit dans son ouvrage “Enseigner un cours de FLE” qu’”avec une connaissance approximative des règles, mais beaucoup de lexique et une prononciation correcte (il faut être compris) on peut transmettre, même imparfaitement de l’information. Mais avec de bonnes connaissances grammaticales et peu de lexique on ne va pas très loin”. On se situe ici plutôt avec des débutants ou des niveaux intermédiaires qui ont besoin de se faire comprendre et de comprendre l’autre. L’objectif premier n’est sans doute pas de faire des phrases correctes mais de permettre la communication. Ces sites d’apprentissage remplissent bien ce rôle.
- Le chat est l’avantage principal de cette méthode d’apprentissage : la communication en direct s’intègre dans une pratique communicante en langue cible, définie par une situation et des intentions de communication réelles. C’est effectivement dans ce cadre interactif que les actes de parole appris de façon individuelle pourraient trouver tout leur sens.
La perspective même de discuter avec des gens de langue maternelle, vivant à des milliers de km, est vraiment géniale, si la personne est effectivement animée de l’intention d’apprendre une langue.
Le caractère simultané de cette démarche lui confère un dynamisme et un intérêt évidents.
D’autre part les contraintes liées à l’apprentissage d’une langue sont gommées par le fait que tous les membres sont dans la même situation : on apprend à son rythme, ce que l’on veut, dans le plaisir de la découverte et du partage. Chaque membre est à la fois élève et enseignant : ces deux statuts se compensent l’un l’autre.
Les limites :
- Paradoxalement, les outils technologiques utilisés sur ces plateformes qui se disent innovantes et plus efficaces que les logiciels sont encore trop axés sur et prisonniers de l’écrit et la traduction et, de ce fait, ne permettent pas de travailler vraiment toute la dimension orale de la langue qui est, au demeurant, la compétence la plus utilisée au quotidien.
Le multimédia est bien rare, contrairement à ce qu’annonce la publicité, ou s’il est présent, il n’est pas à la hauteur. Les perspectives sont nombreuses avec le Web 2.0 mais ces deux sites sont bien économes de ses diverses applications possibles. On s’attendrait en effet à trouver des vidéos, mais non. Quant à l’utilisation de l’audio, en dehors des leçons de vocabulaire et de la possibilité d’enregistrer une lecture, elle est très artificielle. Pas de chansons, ni de conversations enregistrées, ni d’interviews, ni d’extraits de journaux télévisés, de publicités ou autres… C’est très étonnant. D’autant plus qu’en comparant avec rfi ou tv5 monde on voit bien qu’il existe des façons beaucoup plus intéressantes, dynamiques et modernes de travailler la compréhension orale par exemple, à partir de documents authentiques extrêmement variés.
- Les activités à faire de façon autonome laissent très peu de place à l’expression libre et à la créativité de l’apprenant.
Sur ce genre de sites on peut apprendre des listes de vocabulaire et des structures grammaticales mais cela reste des actes de parole isolés de toute situation de communication. Sans doute le débutant apprendra rapidement à réaliser des actes de parole simples de type descriptif ou informatif mais que fera t-il lorsqu’il sera parvenu au dernier niveau (B2) proposé ? Par exemple comment pourra t-il apprendre à exprimer son point de vue, argumenter, nuancer son propos, ou affirmer son esprit critique ?
Si l’on se réfère à la taxonomie de Bloom ou à la trilogie de Landsheere on s’aperçoit que la langue proposée ne sollicite que les niveaux cognitifs inférieurs.
Les progrès de l’apprenant auront donc des limites.
- Le chat, qui est très intéressant, a lui aussi ses limites puisqu’il ne développe que la compréhension et la production écrites.
Il manque donc à cette méthode d’apprentissage toute la dimension langagière de l’apprentissage d’une langue, à savoir les gestes, le décodage des scripts culturellement marqués, le paralinguistique, bref les savoir-faire en langue et tout ce qui rend la communication si riche, dynamique et authentique. Bien sûr cela s’explique par la nature du canal utilisé pour communiquer: tous les paramètres de la communication ne peuvent être réunis devant un écran d’ordinateur. Il s’agit d’un face à face tronqué.
On peut aussi se demander si le simple fait d’avoir la possibilité de discuter avec quelqu’un dans la langue cible est suffisant pour apprendre efficacement ? Mon interlocuteur va -t-il prendre la peine de me corriger en pleine conversation? L’absence de guidage lors de ces entretiens pourrait-elle entrer en ligne de compte ? Le chat tel qu’il se présente aujourd’hui offre une telle ouverture sur la discussion qu’on pourrait facilement se perdre dans une activité infructueuse au lieu de mener à bien un véritable apprentissage ??? Il faudrait pratiquer cette méthode pour pouvoir répondre. Livemocha existe depuis moins de deux ans : c’est peu de recul pour juger de l’efficacité du chat dans l’apprentissage d’une langue étrangère.
Conclusion :
Le fait de pouvoir communiquer en langue cible avec un natif est un grand atout, une perspective novatrice qui n’existait pas jusque-là dans les méthodes d’enseignement-apprentissage des langues.
C’est bien là l’intérêt du Web 2.0 : communiquer, partager et collaborer en interaction avec une communauté au sein de laquelle on peut être à la fois utilisateur et producteur, consommateur et créateur. Dans ses principes et ses visées les plateformes d’apprentissage en ligne sont vraiment innovantes et intéressantes, mais dans leurs applications on se rend bien compte que pour le moment elles ne sont pas encore prêtes à faire travailler une véritable compétence de communication. Comme on l’a vu plus haut la grande absente de ce programme ambitieux est la production orale qui se retrouve réduite à sa plus simple expression.
On dira que dans l’ensemble c’est un bon début, très prometteur, et on peut s’attendre à ce que ce genre de sites relativement récents prolifèrent, se perfectionnent et évoluent rapidement pour répondre mieux encore à la demande du marché linguistique en plein essor et en pleine révolution.









